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AnaWag, un jeu expérimental pour faciliter la compréhension des dilemmes économiques dans la gestion de l'eau d'irrigation

Farolfi Stefano, Erdlenbruch Katrin, Bonte Bruno. 2019. AnaWag, un jeu expérimental pour faciliter la compréhension des dilemmes économiques dans la gestion de l'eau d'irrigation. . Marseille : s.n., Résumé, 3 p. Colloque Jeux et enjeux. Jeux et simulations pour l’apprentissage individuel, collectif et organisationnel, Marseille, France, 13 May 2019/14 May 2019.

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Rencontres Jeux Enjeux Présentations - session 1.pdf

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Abstract : L'usage de jeux expérimentaux à but pédagogique en économie de l'environnement et des ressources est relativement récent. Des expérimentations économiques ont été utilisées pour faciliter la compréhension des mécanismes décisionnels concernant la responsabilité sociale (Rodrigo-González et María Caballer-Tarazona, 2015), l'effet des taxes sur la pollution (R. Corrigan, 2011) ou encore le cout opportunité des permis d'émission (Holt et al., 2010). Des logiciels existent également, comme par exemple MobLab (https://www.moblab.com/), pour réaliser facilement et à bas coût des expérimentations en classe à l'aide d'ordinateurs connectés, tablettes ou smartphones. AnaWag est une plateforme de jeu expérimentale qui permet de réaliser des séances pédagogiques avec des étudiants pour illustrer le fonctionnement d'un système de partage de ressources en eau. La nature expérimentale du jeu permet de formuler des hypothèses sur le comportement des joueurs et de les tester en confrontant le comportement observé avec les attentes théoriques et les résultats du modèle économique qui est derrière le jeu. Nous illustrons d'abord le jeu expérimental AnaWag, puis les résultats d'une séance conduite récemment et discutons les atouts, limites et perspectives d'un tel outil. AnaWag est un développement de la plateforme “Wat-A-Game” (WAG) (Ferrand et al., 2009) et a été utilisé comme support pédagogique d'abord dans sa version préliminaire (Farolfi, 2013) en Afrique australe, puis dans des versions plus récentes en France et en Tunisie. Une interface informatique, AnaWag, a été élaborée dans le cadre du projet ExpéComMod (Bonté et al., 2018). La version présentée ici est le format 'jeu de plateau' d'AnaWag. Le modèle décrit un jeu de contribution à un bien public et d'extraction d'une ressource commune dans un système asymétrique, où les joueurs n'ont pas accès égal à la ressource commune (Janssen et al., 2011). Le jeu est contextualisé, les joueurs sont des irrigants dans un périmètre irrigué le long d'un canal. Une partie de l'eau disponible provient de la pluie, et une partie d'un forage. La quantité d'eau produite par le forage dépend de l'entretien assuré par le groupe : plus le groupe contribue à l'entretien, plus le forage produira de l'eau. Les champs des agriculteurs sont alignés le long du canal, l'eau arrive d'abord dans les champs du premier, puis du second, etc. La position (1, 2, 3 etc.) est indiquée en début de jeu et reste inchangée jusqu'à la fin. Le jeu est répété. Quatre joueurs (ou équipes de joueurs) sont prévus. Chaque tour les joueurs font deux choix : 1. Contribuer à l'entretien du forage, entre 0 et 3 jetons (WAGs). La production d'eau (W) correspondante à la contribution du groupe (0 ≤x≤ 12) suit la fonction suivante : W=0 if 0≤x≤2 W=2x-4 if 2≤x≤8 W= 12 if 8≤x≤12 2. Jouer une carte d'activité: Les activités comportent un coût (de 1 à 2 WAGs en fonction des activités) et rapportent des recettes (de 1 à 6 WAGs). Ils nécessitent de l'eau en entrée et peuvent produire de l'eau en sortie. Si l'eau nécessaire en entrée n'est pas obtenue, le montant dépensé pour l'activité est perdu. Le modèle permet de calculer des équilibres qui représentent les attentes théoriques en économie, à confronter avec les résultats observés. Ces équilibres, exprimés en termes de contribution au bien commun et de gain du groupe, dépendent du niveau initial de pluie. A travers ce jeu nous pouvons tester deux hypothèses : H1: une plus grande disponibilité d'eau de pluie induit une plus faible contribution du groupe (car moins de stress). H2: plus de communication au sein du groupe induit plus de coopération (Ostrom, 1990) et donc un gain du groupe proche de l'équilibre coopératif. Le design expérimental consiste donc en deux traitements : un avec 1 unité d'eau de pluie chaque tour et un avec 4 unités d'eau chaque tour. Deux groupes, un par traitement, sont formés avec ces disponibilités fixes d'eau de pluie. Au sein de chaque groupe nous testons en plus l'effet de l'introduction de la communication entre joueurs. Des séquences de trois tours avec (A) et sans (S) communication sont joués : ASA et SAS. Pendant une session jouée à l'INAT de Tunis le 13/11/2018, 22 étudiants ont été divisés en deux groupes de 4 équipes. Pour suivre les règles de l'expérimentation économique, une rémunération a été prévue pour les gagnants de chaque groupe. L'animateur conduisait simultanément le jeu des deux groupes et, à l'aide de fiches remplies par les joueurs, notait les choix des joueurs dans un fichier de calcul pour enregistrer les résultats. Dans le groupe 1 (1 unité d'eau de pluie) on observe plus de contribution pour pallier le stress hydrique naturel, et un effet fort de la communication pour aboutir à un équilibre coopératif en fin de jeu. Dans le groupe 2 (4 unités d'eau de pluie) on observe moins de contribution et une coopération provoquée par la communication. Cette coopération se maintient aussi en dernière séquence, sans communication, et permet une coordination entre joueurs aboutissant à un équilibre coopératif dans les trois dernières périodes. Les résultats confirment les hypothèses. Bien que sans une vraie validité statistique, à cause d'un relativement faible nombre d'observations, les résultats permettent de discuter les hypothèses émises et les concepts économiques sous-jacents avec les étudiants. Néanmoins, l'usage répété de la plateforme en conditions identiques peut donner lieu à des résultats expérimentaux exploitables. Dans les situations d'utilisation (cours doctoraux EDEG en France et CEEPA à l'Université de Pretoria, cours MSc à l'INAT Tunis et dans différentes universités d'Afrique australe) les étudiants ont apprécié l'aspect ludique et en même temps la rigueur des résultats et du modèle qui supporte le jeu. Ils ont considéré que la mise en situation et la possibilité de confronter les résultats observés à la théorie économique sont des atouts pédagogiques importants. En particulier, dans la session jouée à l'INAT, les résultats ont confirmé les hypothèses formulées. Les étudiants ont été 'favorablement surpris' de voir à quel point leurs choix en termes de partage d'une ressource commune correspondaient à ce que la théorie économique prévoit. En termes d'apprentissage, un tel outil permet aux étudiants de 'se mettre dans la peau' des sujets économiques étudiés (ici des agriculteurs irrigants) et de faire eux-mêmes des choix économiques et non pas seulement d'étudier les effets de choix théoriques ou réalisés par d'autres. Cette mise en situation, couplée à l'observation ex-post des effets de ces choix sur le système étudié, permet une compréhension rapide et plus profonde des concepts d'économie des ressources à la base du jeu. Aussi une discussion plus informée des résultats de l'expérimentation permet d'aborder au même temps l'analyse du comportement économique et les effets de certaines politiques environnementales. L'évaluation des apprentissages se fait à travers un débriefing d'une heure, suivi par un questionnaire à chaud et par un examen écrit à quelques jours de distance.

Auteurs et affiliations

Source : Cirad-Agritrop (https://agritrop.cirad.fr/592900/)

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