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Impacts environnementaux des camps de réfugiés dans le Nord Est du Tchad. Région de Carlari. Rapport final

Besse François, Tezenas Du Montcel Laurent, Garcia Claude, Ouadjonné Issa, Ngaroussa Constant. 2005. Impacts environnementaux des camps de réfugiés dans le Nord Est du Tchad. Région de Carlari. Rapport final. Montpellier : CIRAD, 163 p.

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Abstract : Le Tchad est confronté depuis 2004 à un afflux de réfugiés en provenance de la région du Darfour au Soudan. Près de 200 000 réfugiés sont regroupés dans douze camps situés dans la région Nord- Est du Tchad où les ressources pastorales et forestières jouent un rôle essentiel pour la survie des populations et du bétail. Objectifs et méthode : L'objectif de l'étude est d'aider à résoudre la crise environnementale posée par l'implantation des réfugiés, tout en préservant les sources d'approvisionnement en bois de feu et en fourrage et en limitant les conflits avec les populations locales. Pour les zones d'implantation des camps de réfugiés, les produits attendus sont (i) un diagnostic sur l'état des ressources ligneuses et pastorales, et une évaluation des répercussions sur les populations riveraines, (ii) des scénarios d'évolution des ressources ligneuses et pastorales pour un approvisionnement raisonné (iii) et une réflexion sur un système de suivi de l'état des ressources ligneuses et pastorales. La méthode d'investigation a porté sur le recueil et l'analyse de données bibliographiques et des travaux cartographiques sur des images satellitaires pour préciser l'occupation des sols et apprécier la répartition et la densité des ressources. Ces données ont été complétées par des observations de terrain et des enquêtes menées durant deux mois auprès des populations riveraines et des réfugiés, des autorités locales et des services de l'État du H.C.R., de ses partenaires et des ONG. L'évaluation des ressources, ligneuses et pastorales, autour des camps repose sur l'hypothèse que ces ressources sont utilisées dans un rayon de 40 kilomètres : d'une part, les sites de prélèvement de bois sont à moins de 30 kilomètres des camps et les déplacements à partir de ces sites n'excèdent pas 5 km ; d'autre part, les troupeaux séjournent à 20 km en moyenne des camps et leur déplacement à partir du lieu de parcage est de 15 km au maximum. Ainsi, les douze camps ont été regroupés en quatre zones définies par des critères géographiques (proximité des camps). Chacune des zones présente des caractéristiques climatiques (pluviométrie et régime des pluies), biologiques (densité des ressources ligneuses et pastorales, présence et composition du bétail), sociales (densité de la population locale et des réfugiés). Chaque zone constitue une unité d'analyse et de gestion, à une échelle adaptée aux surfaces concernées. Les ressources ligneuses : La productivité des ressources ligneuses, en l'absence de données récentes et fiables, a été calculée pour chacune des zones à partir des caractéristiques pluviométriques. Les productivités, qui sont liées à des formations mixtes, forestières et graminéennes, sont croissantes du Nord au Sud avec de fortes disparités (0,029 m3/ha/an pour la zone de Bahai au Nord à 0,397 m3/ha/an pour la zone de Goz Beida au Sud). Les formations ligneuses sont en outre très sensibles aux aléas climatiques, particulièrement dans le Nord et les sécheresses des années précédentes sont la cause d'une forte mortalité. Le stock de bois mort disponible est important mais la production a été très ralentie pour plusieurs années. Les formations ligneuses offrent également une source de fourrage en période de disette. Une gestion durable impose de n'exploiter qu'une quantité inférieure ou égale à la production, il n'est donc pas nécessaire de connaître le volume sur pied. La consommation de bois, donc l'exploitation, a été calculée pour les populations locales et pour les réfugiés. Les consommations des réfugiés sont inférieures aux moyennes observées dans des régions similaires. L'approvisionnement des camps est confié à des O.N.G. ou des organismes mandatés. Les prélèvements ne concernent que le bois mort et ne sont autorisés que sur des sites et selon des modalités (fréquence, volume prélevé) définies par les autorités locales. Les quantités distribuées aux réfugiés sont souvent insuffisantes, même lorsque d'autres moyens de cuisson sont distribués (réchauds à pétrole par exemple) et des prélèvements complémentaires sont effectués par les réfugiés (femmes et enfants) hors des sites de prélèvements situés loin des camps. Cette situation est une source de conflits fréquents et parfois violents. Des scénarios d'évolution de la ressource ligneuse illustrent les disparités entre les zones et confirment la fragilité du système actuel avec la présence des réfugiés, mais aussi, à moyen terme, avec la seule présence des populations autochtones. Ils quantifient l'impact de différentes interventions menées ou à venir visant à réduire la consommation de bois de feu (foyers améliorés, autres énergies) et démontrent la nécessité de se tourner vers la substitution d'énergie, totale ou partielle, tout en maintenant le bénéfice des actions en cours, qui sont complémentaires. Les ressources pastorales : Les ressources pastorales comprennent les pâturages naturels, les zones cultivées et l'eau d'abreuvement d'une part et les animaux domestiques d'autre part. L'identification des ressources végétales a déjà été effectuée dans la région, mais sur des zones qui ne recouvrent pas en totalité les zones des camps de réfugiés. Un travail de transfert et de cartographie, basé sur les descriptions et les cartes des unités pastorales réalisées par le CIRAD-EMVT, a donc été nécessaire. Trois classes de productivité ont été calculées pour chacune des zones de camps et la production rapportée en fonction des surfaces respectives. La production fourragère et la part du consommable (30 % du disponible) ont permis de calculer la capacité de charge maximale de chaque zone : 13 000 têtes de bétail pour la zone 1 (Bahai), 81 000 têtes pour la zone 2 (Iriba-Guéréda), 120 000 têtes pour la zone 3 (Adré) et 149 000 têtes pour la zone 4 (Goz Beida). L'élevage est très extensif à Bahai et de plus en plus intensif en allant vers Goz Beida, qui représente une zone d'élevage capable d'accueillir de grands troupeaux en saison sèche. L'effectif des cheptels des autochtones est repris des données de l'inventaire de 93-98, comparées aux projections des projets ASÉTO et Almy Bahaïm. L'effectif des cheptels des réfugiés est plus difficile à établir, mais les données des dernières campagnes de vaccination et les informations recueillies au cours des enquêtes ont permis d'obtenir des ordres de grandeurs acceptables. Le cheptel des réfugiés équivaut à 15% environ du cheptel des autochtones, avec une grande diversité de situations selon les zones. Le cheptel est en général cantonné à proximité des camps et reste très mobile. Des troupeaux de réfugiés ont vraisemblablement transhumé vers le centre du Tchad et vers le Sud, au-delà de Goz Beida. D'autres troupeaux restent en bordure de la frontière attendant l'amélioration de la situation. Sur la base des données de capacité de charge et des effectifs des cheptels autochtones, des simulations d'accueil de cheptel transhumant ont été établies pour chaque zone. Ces simulations constituent des outils de prévision et de gestion de la ressource fourragère, face aux troupeaux sédentaires et transhumants, des autochtones et des réfugiés. La zone de Bahai est particulière : les pâturages sont exploités pendant une courte période et les troupeaux transhument dès que c'est nécessaire. Il n'en est pas de même pour les zones 2 et 3 où les ressources sont très exploitées par des troupeaux transhumants et des troupeaux sédentaires. Les ressources subissent donc, dans ces zones, de fortes pressions pendant des périodes trop longues. Contrairement aux autres zones, la zone 4 est une zone d'accueil en saison sèche, fort bien pourvue en ressources fourragères. L'état de ces ressources doit cependant être suivi afin de ne pas avoir à subir une exploitation trop forte. Propositions d'actions et système de suivi par indicateurs : Des propositions d'actions ont été présentées à l'attention des décideurs (H.C.R. et État tchadien) pour réduire l'impact de l'installation des camps sur les ressources ligneuses et pastorales, améliorer la gestion de ces ressources durant la présence des réfugiés et après leur départ. Les principaux thèmes sont : réduction de la consommation de bois de feu (foyers améliorés et substitution d'énergie), inventaire des ressources ligneuses et accès à la ressource (gestion des sites d'exploitation), vaccination et complémentation pour le bétail, amélioration de la communication, système d'informations pastorales et observatoire des ressources en eaux souterraines. Un système de suivi, à base d'indicateurs simples, construits selon le modèle développé par le H.C.R. pour le suivi de ses opérations, doit être mis en place et développé. Initié par le H.C.R., avec la collaboration des services techniques de l'État et des délégations, il doit permettre d'organiser la récolte et la diffusion de l'information entre tous les participants. Ce système de suivi doit assurer l'intégration progressive des O.N.G. partenaires, de l'administration et des populations locales et leur participation à la définition des objectifs, aux choix des indicateurs pertinents, et à la collecte et à l'analyse des données. Les objectifs stratégiques du système de suivi sont de récolter et diffuser des données fiables à l'ensemble des partenaires et d'amorcer un processus de négociation pour l'accès aux ressources conditions nécessaires à la gestion durable. À terme, cet outil doit être pris en main par les services techniques, les administrations nationales et locales et les populations. (Résumé d'auteur)

Résumé (autre langue) : Chad has witnessed a massive influx of refugees from the Darfour Region, Sudan. Nearly 20,000 refugees are grouped in 12 camps located in the North Eastern part of Chad, where forest and pastoral resources play an essential role in the everyday survival of the people and livestock. Objectives and methodology: This study aims at helping to solve the environmental crisis caused by the establishment of the refugees, guaranteeing a sustainable supply of firewood and fodder for refugees and locals alike and limiting the negative impacts on the environment. The expected outcomes are (i) a diagnosis on the available stocks of forest and pastoral resources, on the pressures on the environment and an assessment of the impacts on local populations neighbouring the refugees camps, (ii) prospective scenarios on the dynamics of the forest and pastoral resources for a sustainable supply to refugees and local populations and (iii) elements for a monitoring system on forest and pastoral resources. The methodology applied started with a bibliography study to build a consistent and reliable database. This was coupled to a satellite imagery analysis and cartography to highlight land use patterns and to identify the spatial distribution of the resources. Field and aerial observations and groundtruthing completed this preliminary study. The database has been completed with interviews of local populations, refugees, administrative authorities, civil servants, HCR staff and associated NGO's carried out on a two month field work period. We carried out the assessment of the stock levels of forest and pastoral resources with the hypothesis that the refugees are able to tap the resources in a 40 km radius around the camps. Organized firewood harvest takes places 30 km away from the camps on average. Furthermore, the herds are normally located 20 km away from the camps, and their maximum travel distance from their enclosures is 15 km. Hence, the twelve camps have been grouped in four zones based on proximity. Each zone exhibits different climatic (pluviometry and rainfall pattern), biological (density of forest and pastoral resources, species distribution and presence of livestock) and social (population density, ethnic distribution, refugees/locals ratio) factors. Each zone has been analyzed individually and the management regimes proposed will be different. Forest and firewood resources: Due to a lack of up to date and reliable data, forest resources productivity for each zone has been calculated based on rainfall patterns. Productivity of mixed Graminae and trees formations increases from north to south. It goes from 0,03 m3/ha.yr in Bahaï to 0,4 m3/ha.yr in Goz Beida. Woody formations are very sensitive to climatic hazards, especially in the north, and the droughts of the previous years have generated a high mortality. The deadwood stock available is therefore substantial, but net stock gain has been significantly decreased for the years to come. Woody formations also represent a fodder source in periods of shortage. Long term sustainable management of this resource commands that consumption is capped below the net productivity of the ecosystem. If that is to be enforced, there is no need to estimate the standing stock. We calculated firewood consumption of the local populations as well as of the refugees. Refugees' consumption are below the average observed in the region. Firewood supply to the camps has been trusted to NGO. Organized firewood extraction only uses dead wood and is only authorised on very specific areas and with constrictive modalities (frequency, total volume extracted) determined by local authorities. The firewood share given to a refugee household is insufficient even when alternative heating implements are distributed. In response to this scarcity, informal firewood extraction takes place (women and children) around the camp. This creates frictions with the local populations surrounding the camp and can escalate in violent aggressions. The scenarios of firewood stock evolution highlight the disparities between the four zones identified and the fragility of the system due to the presence of the refugees but also, on the mid to long term, due to the density of the local population alone. The scenarios quantify the impacts of the various interventions carried out or planned to reduce firewood consumption (improved stoves, alternate sources of energy) and prove the necessity of finding substitutes, either total or partial, to firewood, as a complement to the other actions aiming at managing on a sustainable basis the resource. Pastoral resources: By pastoral resources we mean natural pastures, cultivated areas and water available for the cattle on the one hand, and the livestock on the other. Vegetal resources in the region have already been identified and the data is available in the literature, but the exact area around the camps has not been assessed. Part of our work was therefore to transfer the description of the pastoral units done by CIRAD EMVT to the area around the camps and map the resources accordingly. For each of the four zones, three productivity classes have been identified and production calculated according to the land use and available space. The estimation of fodder production and its edible components (30% of the available biomass) enables us to estimate the carrying capacity of each zone: 13 000 heads of cattle in zone 1 (Bahaï), 81 000 heads in zone 2 (Iriba – Guéréda), 120 000 in zone 3 (Adré) and 149 000 in zone 4 (Goz Beida). Cattle breeding is extensive in Bahai and becomes increasingly intensified as one marches south. Goz Beida area is capable of sustaining a large cattle population in the dry season. This assessment is essentially made for bovines. The figures for cattle owned by locals are taken from the inventories carried out in 93-98, as compared to the projections made by the projects Aseto and Almy Bahaim. The number of heas of cattle belonging to the refugees is harder to figure out. The last vaccination campaign and the information gathered with our fieldwork have given us a gross estimation. The cattle of the refugees sums up to 15% of the cattle belonging to the locals, but there is much heterogeneity in its distribution. The herds are often located at the proximity of the camps and yet remain very mobile. Some refugees have in all likeliness moved to pastures in central Chad or further south. On the basis of the carrying capacity and the estimations of the size of the cattle population, we have developed simulations involving the transhumant livestock for each zone. Those simulations are a tool for managing the fodder resources to handle the fluctuations of transhumant, sedentary, local and refugees' livestock. Bahai zone is able to maintain the local and refugees herds without damage to the ecosystem. It is not the case in the zones 2 and 3 were the resources will not be sufficient once the transhumant cattle arrives. Zone 4 can sustain large cattle populations even during the dry season, what the other areas cannot do. Nevertheless, the resources must be monitored to ensure no lasting damage is done due to overgrazing. Actions proposed and monitoring system based on indicators: We present a list of propositions to the Chadian decision makers and the UNHCR. Those propositions aim at reducing the negative impacts of the camps on the wood and pastoral resources and improving the management of those resources while the refugees stay in the region and after their departure. The main actions are: reducing firewood consumption, firewood harvest site management, cattle vaccination and food supplementation, overall communication between stakeholders, information system on pastoral resources and groundwater monitoring. An information system based on simple indicators based on the standards and indicators of the UNHCR should be developed. Initiated by the UNHCR environmental unit, in collaboration with the technical services of the Chadian government, it will enable participation of all stakeholders in data gathering and facilitate information free flow between them. Developed in 4 phases, it will ensure the progressive implication of the NGO, civil servants and local populations as well as refugees in the monitoring process, therefore accompanying them in their learning process of natural resources management in this new situation caused by the arrival of the refugees. They will in time participate to the definition of the management objectives, the choice of relevant indicators, and data gathering and analysis. The strategic objective of the monitoring system are to gather and disseminate unbiased data to all the stakeholders, constituting a sound basis for the negotiation of resource access, the starting point of natural resources management. In time, this monitoring system will be handed over to the local and national authorities for their long term activities. (Résumé d'auteur)

Classification Agris : E51 - Rural population
P01 - Nature conservation and land resources
K01 - Forestry - General aspects
P06 - Renewable energy resources
L01 - Animal husbandry

Auteurs et affiliations

  • Besse François, CIRAD-FORET-UPR Ressources forestières (FRA)
  • Tezenas Du Montcel Laurent
  • Garcia Claude, CIRAD-FORET-UPR Ressources forestières (FRA) ORCID: 0000-0002-7351-0226

Contributeurs et affiliations

  • Ouadjonné Issa - collaborateur
  • Ngaroussa Constant - collaborateur

Source : Cirad-Agritrop (https://agritrop.cirad.fr/583496/)

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