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Identifier les impacts de la recherche dans la création variétale, la production et l'organisation semencière de l'arachide. Une enquête auprès des acteurs au Sénégal (Rapport Impress)

Clavel Danièle. 2016. Identifier les impacts de la recherche dans la création variétale, la production et l'organisation semencière de l'arachide. Une enquête auprès des acteurs au Sénégal (Rapport Impress). Montpellier : CIRAD, 78 p.

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Abstract : Malgré un changement radical de statut, les produits arachidiers ne représentant plus aujourd'hui que 5 à 6% des exportations agricoles contre 80% dans les années 70, l'arachide au Sénégal représente toujours une source majeure de revenus des paysans. Le Sénégal reste le premier exportateur mondial d'huile car l'industriel quasi monopoliste, la Sunéor, ne distribue pas d'huile qu'il raffine à l'intérieur du pays. L'arachide est aussi la première culture fourragère, elle rentre dans de nombreuses préparations alimentaires et demeure irremplaçable dans la rotation avec les céréales. A la suite des programmes d'ajustements structurels (PAS) des années 80/90, la filière arachide est passée de totalement étatisée et intégrée (de la création variétale à l'exportation d'huile) a totalement libéralisée (au moins théoriquement) en 2005 date de la privatisation de la SONACOS. Cependant, conscient de son importance et sous la pression des producteurs (les deux tiers d'entre eux cultivent l'arachide) l'Etat n'a jamais été totalement absent. Dès le début des années 80, la pression de la sécheresse, surtout dans le nord et le centre du Bassin Arachidier (BA) orientait la recherche sénégalaise et son partenaire historique, le Cirad, vers la recherche de nouveaux génotypes extra précoces et l'étude de la réponse physiologique à la sécheresse. Plusieurs variétés à cycles courts et très courts furent développées et la carte variétale remise à jour à partir de 1996 en fonction de la nouvelle donne pluviométrique et des nouvelles variétés disponibles. De nouvelles connaissances sur les critères variétaux et culturaux de résistances à l'aflatoxine sont acquises mais la pression des PAS accentue la déconnexion des activités de recherche de celles de la de production réelle. Ainsi la " reprise " de la carte variétale et sa traduction en termes d'organisation de la production de semences dans la nouvelle donne économique de la privatisation de la filière est encore en cours. Dans le cadre des programmes de la BM (PSAOP) qui ont suivi les PAS, les organisations paysannes associées sont rentrées dans le jeu de la R & D. Le Cirad a accompagné cette réorganisation du monde paysan sénégalais hors de la tutelle étatique de la filière arachide. Cette étude en témoigne. En 2001, la dissolution de la Société Nationale des Graines d'arachide (SONAGRAINES), non compensée par le transfert de compétences de l'Etat vers le Comité Interprofessionnel de l'Arachide (CNIA), place les producteurs dans une grande vulnérabilité. La SONAGRAINES ordonnait, en effet, l'interface entre les producteurs et les huiliers et, à ce titre, distribuait les semences et organisait la collecte et la commercialisation. Sa disparition est brutale et les producteurs affrontent un grand nombre de dangers : risque climatique augmentant le risque de n'être pas en mesure de conserver une quantité suffisante de semences pour ensemencer leurs parcelles d'une année sur l'autre, risque aflatoxine pesant sur l'export en arachide de bouche (ARB) ainsi que sur l'alimentation et risque de mévente notamment. C'est ce qui a poussé l'Etat sénégalais à subventionner régulièrement l'approvisionnement en semences et à intervenir dans la fixation d'un prix de vente annuel. Dans ce contexte incertain tant au niveau de l'activité de recherche que de celui de l'avenir de la filière, le Cirad intervient d'une nouvelle manière. Avec l'appui de l'Agence Nationale de Conseil Agricole et rural (ANCAR), institution mise en place par la BM pour favoriser l'implication des OP, le Cirad s'engage avec la recherche sénégalaise dans une phase de mobilisation des fonds de stabilisation des prix du COM Stabex /arachide que l'Union Européenne entends réaffecter à une utilisation à même de soutenir une nouvelle formule pour la filière désormais libéralisée. Le processus évalué s'étale sur 16 ans, entre 1999 et 2015, années charnières dans la recomposition socio-économique des exploitations familiales d'une filière arachide sortant de l'étatisation. Les interventions évaluées reposent en grande partie sur la notion de " reconstitution du capital semencier ", activité autrefois dévolue à la SONAGRAINES. La disponibilité de semences d'arachide certifiées est en effet considérée comme le principal goulot d'étranglement technique de la production compte tenu que la plante possède une graine pondéreuse qui oblige à consacrer plus d'un 1/10e de la production aux semences. Elles ont été soutenues financièrement par l'Union Européenne (UE) et la Banque Mondiale (BM) à travers les PSAOP 1 et 2 puis par le FIDA, dans son programme de " facilité alimentaire " mis en place suite à la crise alimentaire de 2008. Nous avons démarré l'expérience évaluée en 1999 avec une phase de diagnostic de la filière ARB associant le Cirad, l'Isra et l'ITA à la demande du CNIA. Le risque aflatoxine, particulièrement prégnant sur l'arachide au Sénégal, fut précisé au champ en termes de réponses variétales et agronomiques de nature à en limiter l'impact. Lors de cette phase s'opère un élargissement conceptuel de l'intervention de la recherche qui s'intéresse à la chaine de valeur. Un des résultats tangibles est le développement et l'accréditation du laboratoire d'analyse d'aflatoxine de l'ITA pour la mesure de l'aflatoxine. Le processus d'innovation se poursuivra par l'Opération Pilote de Recherche-Action conduite dans la commune de Paoskoto avec l'OP Asprodeb, l'organisation paysanne historique de la filière arachide. Appuyé par le Comité local de concertation des OP de cette commune, cette collaboration Cirad- Asprodeb se poursuivra pendant de 4 ans, de 2004 à 2008. L'opération de Paoskoto de 2004 à 2005 a constitué un moment charnière pendant lequel un grand nombre de résultats de recherche et de R & D ont été intégrés et expérimentés le milieu réel avec une mobilisation de 252 producteurs et productrices de la localité. Un vaste programme de formation données directement par le Cirad, l'Asprodeb ou des consultants externes et très connectées a permis l'émergence et la stabilisation de compétences tant sur la production que sur la gestion des coopératives pour qu'émerge un réseau de coopératives semencières. Après le départ du Cirad en 2009, les financements COM2 et FIDA ont été à nouveau mobilisés par l'Asprodeb avec en ligne de mire pour l'OP la mise en oeuvre d'une stratégie de développement d'une sous filière semencière professionnalisée de type coopératif. Ce modèle s'articule sur deux composantes : la production de semences certifiées et l'organisation d'une filière de production d'arachide de qualité avec commercialisation contractuelle afin de sécurisant les investissements et les débouchés. Le fonctionnement commercial est rendu autonome grâce à un financement contractuel pérennisé par un partenariat avec la Caisse nationale de Crédit Agricole du Sénégal. Nous estimons que les programmes de formation, la contractualisation et la mise en réseau d'acteurs a donné une impulsion nouvelle à divers secteurs de la filière notamment la transformation artisanale de l'arachide en huile. L'appui fourni à cette activité féminine se généralise grâce à la mise au point par l'ITA d'un procédé mobile de détoxification de l'huile artisanale aujourd'hui subventionné par l'Etat. Le revenu généré par les femmes transformatrices est important car l'augmentation de la demande en huile artisanale est d'autant plus forte que seule une " huile végétale " de qualité inférieure est distribuée par la Sunéor. Le réseau de coopératives initialement construit sur la production de semences certifiées d'arachide est maintenant élargi à d'autres spéculations comme le riz, le maïs ou le sésame, les COPROSA devenues des COPROSEM bénéficient des acquis d'organisation-gestion obtenus sur l'arachide. L'organisation en coopératives a été reproduite pour le maïs avec la Fédération des producteurs de maïs de Paoskoto (FEPROMAS) soutenu par le programme d'aide au développement du gouvernement des USA (USAID/PCE). La montée en puissance du système coopératif de production de semences de l'Asprodeb a été spectaculaire : une coopérative " pilote " de production de semences d'arachide (COPROSA) en 2004 à Paoskoto, 8 en 2008, 10 en 2012. Aujourd'hui les 29 coopératives qui constituent le réseau national des coopératives de l'Asprodeb détiennent 60% de la production d'arachide avec un modèle économique. Asprodeb estime que le niveau de capital semencier de ses coopératives s'établit aujourd'hui à 1/3 des besoins (environ 25 000 t). Le niveau de reconnaissance de l'Asprodeb tant au niveau de l'Etat qu'au niveau des bailleurs de fonds lui aura donc permis de pallier au sous financement de la filière arachide par le passé et sans doute d'être à même aujourd'hui, grâce à la compétence de ses adhérents de participer à son renouveau. (Résumé d'auteur)

Classification Agris : A50 - Agricultural research
F30 - Plant genetics and breeding
F03 - Seed production
E21 - Agro-industry

Auteurs et affiliations

Source : Cirad-Agritrop (https://agritrop.cirad.fr/581993/)

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